SECTEUR SANITAIRE DE DOUERA-ALGER
NOTRE ORGANISATION SANITAIRE A L’EPREUVE DE LA GRIPPE AVIAIRE
Depuis 2003 les étapes évolutives du virus de la grippe aviaire (H5N1) montrent que nous nous dirigeons inéluctablement vers une pandémie de grippe à virus H5N1 mutant ou recombinant. La question n’est donc plus de savoir s’il y aura pandémie ou pas mais plutôt quand aura t-elle lieu ? La grippe aviaire due au virus H5N1 demeure une maladie à l’allure et aux caractéristiques d’une maladie professionnelle car elle touche une population proche du milieu aviaire . De ce fait la menace actuelle que représentent les échanges avec les pays touchés est sans commune mesure avec le risque que représente le flux important entre l’Algérie et la France dès la confirmation d’une contamination inter-humaine par un virus issu du germe H5N1. Néanmoins les mesures spécifiques prises pour le contrôle sanitaire des échanges avec ces pays sont d’une importance capitale afin que la recombinaison du virus qui aboutirait au virus à transmission inter-humaine ne se fasse pas chez nous. Car le scénario le plus catastrophique pour l’Algérie serait que la pandémie ait pour point de départ notre pays. Pour autant est-ce que notre pays est prêt à affronter une menace sanitaire d’une telle envergure quel-qu’en soit le scénario ? Le cafouillage qu’il y a eu en fin d’année 2005 dans certains établissements de santé lors de la vaccination contre la grippe ordinaire nous laisse perplexes et nous interpelle pour faire l’inventaire de nos moyens, de nos troupes et de notre organisation sanitaire. L’Algérie dispose d’un maillage conséquent du territoire national en matière de structures sanitaires pour soins de proximité, et c’est sur ces soins de proximité que reposera l’essentiel de l’action sanitaire. Elle dispose aussi d’un nombre important de médecins généralistes, de pharmaciens, de personnel paramédical qui forment la ligne de front pour contenir une telle catastrophe sanitaire. Les moyens financiers existent si tant est qu’ils soient mobilisables avec une longueur d’avance sur la propagation du virus. Reste l’organisation des services de santé qui comme chacun le sait demeure un problème endémique lié assurément à l’obsolescence de notre système de santé actuel. Ceci étant, il ne s’agira pas de pavoiser, car l’urgence est un plan de lutte qui impliquerait l’ensemble des départements gouvernementaux sans oublier le mouvement associatif, syndical, ainsi que les imams, afin de minimiser le tribu et l’impact. Il ne s’agira pas que d’avoir des moyens, il s’agira surtout de bien les organiser et de les mobiliser à temps. La gestion de l’information qu’elle soit à l’endroit de la population ou des professionnels de santé est un volet aussi crucial que stratégique ; celle-ci sera déterminante pour répondre de manière organisée à une augmentation vertigineuse de besoins de prise en charge (surtout pendant les semaines de vague pandemique) pour lequel notre système de santé n’est assurément pas adapté. Une information opaque, une information bricolée sont tout aussi dangereuses que pas d’information du tout. La protection de la population passe aussi par la protection de notre personnel soignant . Le personnel affecté aux soins de proximité comme tout personnel aux fonctions exposantes doit bénéficier de tous les éléments de protection afin de répondre dans des conditions optimales de sécurité à une demande de soins qui pourrait émaner du tiers de la population algérienne. Au jour d’aujourd’hui notre pays n’est pas prêt à un tel défi sanitaire d’où l’urgence d’un dispositif de lutte , d’une stratégie d’information des masses , de formation des professionnels de santé et d’organisation des circuits de prise en charge, faute de quoi nous aurons à subir la pandémie et à en compter les victimes.
Dr Djamel GUEDDOUM
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